top of page
Rechercher

Emploi des seniors en France : trop expérimentés pour être recrutés ?

  • 2 juil.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 juil.


Un homme et une femme de plus de 50 ans discutant sur leur lieu de travail

Il y a quelque chose de paradoxal dans la situation des travailleurs seniors en France. D'un côté, des décennies d'expérience, une stabilité reconnue, une expertise précieuse. De l'autre, des difficultés réelles à rester dans l'emploi ou à y revenir après 50 ans. Comment expliquer ce décalage ?


Emploi des seniors en France : des chiffres qui parlent d'eux-mêmes


La France progresse, c'est indéniable. En 2024, 60,4 % des personnes âgées de 55 à 64 ans étaient en emploi — un record depuis 1975. Une belle évolution sur le papier. Mais derrière ce chiffre global se cachent des réalités bien plus contrastées.

Le taux d'emploi chute brutalement après 60 ans : il passe de 77,8 % pour les 55-59 ans à seulement 42,4 % pour les 60-64 ans. Et la comparaison européenne est sévère : le taux d'emploi des 55-64 ans est de 60,3 % en France, contre 65,2 % dans l'Union européenne — avec des pays comme l'Islande, la Suède ou l'Allemagne qui dépassent les 75 à 80 %.

Quant au chômage de longue durée, il frappe particulièrement les seniors. 60 % des demandeurs d'emploi de plus de 55 ans sont au chômage depuis plus d'un an, contre 42 % pour l'ensemble des demandeurs d'emploi.


L'âge : premier motif de discrimination à l'embauche


Les chiffres sur la discrimination sont édifiants. 64 % des personnes interrogées dans le cadre du baromètre Landoy-Ifop 2024 jugent qu'avoir 50 ans ou plus constitue un inconvénient aux yeux des recruteurs. 53 % des candidats seniors se sont déjà sentis discriminés en raison de leur âge lors d'un processus de recrutement, et 71 % identifient l'âge comme leur principale difficulté pour retrouver un emploi.

Du côté des recruteurs, le constat est tout aussi préoccupant : 75 % des DRH interrogés disent privilégier les profils les plus jeunes dans le cadre de leurs recrutements.

Et pourtant, la loi est claire sur l'emploi des seniors en France. La discrimination fondée sur l'âge est interdite par l'article L.1132-1 du Code du travail. Il est possible de saisir le Défenseur des droits en cas de discrimination liée à l'âge, notamment via le site defenseurdesdroits.fr. Mais entre le droit et la réalité du marché, le fossé reste large.


Entre deux âges : ni en emploi, ni à la retraite


La réforme des retraites de 2023 a repoussé l'âge légal de départ à 64 ans. Une décision qui a créé une zone de turbulence pour de nombreux actifs. Beaucoup de seniors quittent le marché du travail avant 60 ans, soit par retraite anticipée, soit par invalidité ou inactivité subie — se retrouvant dans une situation d'entre-deux particulièrement précaire, ni en emploi, ni à la retraite.

Parmi les 50-64 ans, 7 seniors sur 10 ont connu une période de chômage. Ils sont prêts à faire des concessions, y compris une baisse de salaire, pour retrouver un emploi. Pourtant, 84 % des seniors ne sont pas accompagnés dans leur recherche d'emploi.


Les atouts invisibles des seniors


Ce tableau sombre mérite d'être nuancé. Car les stéréotypes qui alimentent ces discriminations sont largement contredits par les faits. Les seniors présentent généralement une plus grande stabilité dans l'emploi, un absentéisme moindre et une expertise précieuse pour les entreprises.

9 dirigeants sur 10 reconnaissent d'ailleurs la valeur des compétences et de l'expérience des seniors — ce qui rend d'autant plus incompréhensible le décalage entre cette reconnaissance et les pratiques réelles de recrutement.


Les seniors apportent ce que les années seules peuvent donner : du recul, de la méthode, la capacité à gérer des situations complexes, et une connaissance fine des environnements professionnels. Des atouts qui ne s'improvisent pas.


Que faire quand on est senior et en difficulté professionnelle ?


Face à ces obstacles, plusieurs leviers existent. France Travail déploie le programme Boost 50+, un accompagnement intensif destiné aux demandeurs d'emploi de plus de 50 ans, associant ateliers, coaching et mises en relation avec des employeurs.

Mais avant même d'envisager une recherche d'emploi ou une reconversion, une étape essentielle s'impose souvent : faire le point. Comprendre ce que l'on veut vraiment. Identifier ses compétences réelles, celles que les années ont forgées et que l'on ne sait parfois plus nommer. Clarifier ce que l'on est encore prêt à donner — et dans quelles conditions.


Une question qui mérite d'être posée


Être senior sur le marché du travail français, c'est souvent se heurter à un regard qui réduit une personne à son âge plutôt qu'à ce qu'elle est capable d'apporter.

Mais c'est aussi, parfois, l'occasion de se poser une question que l'on n'avait jamais vraiment eu le temps de formuler : et si cette période de turbulence était finalement l'occasion de réorienter sa trajectoire vers quelque chose de plus aligné avec qui l'on est devenu ?

L'expérience n'est pas un handicap. C'est peut-être, bien au contraire, le meilleur point de départ.



Sources

  • DARES — Taux d'emploi des seniors 2024

  • INSEE / Eurostat — Comparaisons européennes emploi seniors 2024

  • Baromètre Landoy-Ifop 2024 — Discrimination à l'embauche

  • Pagegroup / France Silver Eco — Enquête seniors et recrutement

  • Fédération France Senior — Enquête emploi des 50-64 ans 2024

  • Défenseur des droits — defenseurdesdroits.fr

bottom of page